MATHADORE
         Volume 2 Numéro 63 - 18 novembre  2001

L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques


                        Vers un échec ?

Il y a un monde entre un programme d’études et son application en classe. Le nouveau programme du Québec, bien qu’offrant la possibilité d’améliorer les apprentissages, souffre d’un grand nombre d’imprécisions, voire de contradictions (Voir Mathadore 57 et 60). Ceci n’est cependant pas suffisant pour conduire à un échec.

Entre ce programme et son application en classe apparaissent déjà les éléments qui vont l’actualiser et décider de sa réussite. Essentiellement, ces éléments sont : la formation des enseignants, les outils d’enseignement et les outils d’évaluation.

Depuis deux ans, la formation va bon train. De plus, le réseau scolaire s’est enrichi depuis quelques années d’un grand nombre de nouveaux enseignants qui ont une formation académique supérieure à celle de leurs prédécesseurs et qui ont une volonté évidente de renouveler les pratiques pédagogiques. Par ailleurs, leurs aînés, qui sont dans les écoles, ont vu de nombreuses réformes et ont la possibilité d’aider ces nouveaux venus à garder le feu sacré durant de nombreuses années. Bref, en ce qui concerne le personnel, il y a peu de craintes à avoir.

Restent les outils d’enseignement et d’évaluation. De nombreux « nouveaux bulletins » sont actuellement utilisés et leur diversité témoigne de la possibilité d’interpréter le programme de moult façons souvent incompatibles entre elles. Ici, le risque est grand, l’évaluation étant souvent perçue comme la garantie de la qualité de l’enseignement.

Mais ce sont les outils d’enseignement qui présentent le risque le plus élevé. La majorité des nouveaux manuels scolaires sont rédigés en vitesse, souvent par des auteurs qui n’ont jamais enseigné à la clientèle scolaire à laquelle ces volumes sont pourtant destinés. En outre, plusieurs auteurs n’ont jamais enseigné dans l’esprit du nouveau programme. Beaucoup d’auteurs n’ont donc jamais validé et ne valideront jamais en classe les activités qu’ils proposent...

Ces nouveaux manuels, les éditeurs les confieront au Bureau d’approbation du matériel didactique pour obtenir l’approbation ministérielle. Or, dans tout le processus d’approbation, aucune validation en classe du matériel ne sera effectuée. Pire, aucune demande ne sera faite afin d’obtenir l’opinion des enseignantes et des enseignants qui utilisent ce matériel. Évidemment, les élèves ne seront soumis à aucune évaluation qui permettrait de vérifier leurs apprentissages.

Récemment, le ministère de l’éducation du Québec a obtenu du Conseil des services essentiels un jugement selon lequel les devoirs et les leçons constituent des services auxquels les parents ont droit. Refuser de donner des devoirs est donc officiellement illégal avec toutes les conséquences que cela peut entraîner.

Si quelques devoirs sont des services essentiels, les manuels scolaires le sont certes aussi. N’en découle-t-il pas que la qualité de ces manuels constitue aussi un droit des parents et des enfants, un service vraiment essentiel ? Et comment évaluer sérieusement cette qualité sans valider les manuels en classe, sans vérifier la qualité et la permanence des apprentissages qu’ils développent ?

L’actuelle réforme de l’éducation offre de troublants paradoxes :

1. Le Ministre crie haut et fort qu’elle vise à améliorer les résultats des élèves alors que son ministère a mis sur pied un système d’approbation qui ne vérifie pas si les manuels sont efficaces ;
2. Le Sous-ministre responsable de la réforme est un ancien président syndical. Il chapeaute l’approbation du matériel didactique en négligeant de recueillir les avis du personnel enseignant qui utilise ces manuels en classe ;
3. Le ministère veut rendre les enseignants imputables de leurs gestes professionnels, mais les oblige à utiliser des manuels dont la valeur n’a jamais été établie dans un contexte normal d’utilisation.

Tout cela contraste énormément avec l’évaluation des jeux et jouets réalisée par Protégez-Vous, le magazine de l'Office de la protection du consommateur. En effet, cet organisme gouvernemental fonde son jugement sur les résultats d’une validation des jeux et jouets dans au moins sept familles pendant quelques semaines. Le simple bon sens n’exige-t-il pas que les manuels scolaires soient évalués avec un sérieux au moins équivalent ?

En conséquence, nous croyons que le ministère doit procéder à une évaluation du matériel didactique en considérant d’abord et avant tout le rendement des élèves et l’opinion du personnel enseignant et du personnel de direction des écoles qui utilisent ce matériel. De plus, contrairement à la pratique actuelle, nous croyons que les rapports d’évaluation doivent être rendus publics pour que le personnel des écoles fasse ses choix en toute connaissance de cause. Actuellement, ces rapports sont remis seulement à l’éditeur du matériel évalué et le ministère en interdit la diffusion.

Si le ministère ne peut procéder à une validation en classe du matériel didactique, qu’il se contente de fournir au personnel enseignant des grilles servant à l’assister dans son évaluation. Ainsi, l’approbation serait remise entre les mains de celles et de ceux qui ont tout avantage à la réaliser avec minutie et professionnalisme.

Rejetons immédiatement l’objection selon laquelle un bon enseignant peut pallier les lacunes de ses outils de travail. Dans quelle profession, dans quel métier se sert-on d’une telle excuse ? Un enseignant, comme tout autre professionnel, a droit à des outils de qualité. Sans ces outils, la réforme est vouée à un échec certain.

Si vous faites partie du personnel scolaire ou si vous êtes un parent d’élève et si vous croyez que les manuels scolaires doivent être approuvés surtout en fonction de leur efficacité vérifiée auprès des élèves, ré-adressez ce courriel au Ministre de l’éducation, monsieur François Legault, qui souhaite l’amélioration des résultats scolaires, au Sous-ministre de l’éducation, monsieur Robert Bisaillon, qui ne peut qu’être sensible aux opinions des enseignantes et des enseignants et à nous-même afin que nous cumulions sur notre site le nombre de gens favorables à cette opinion.

Dans ce cas, copiez et collez les adresses suivantes afin de ré-acheminer ce message :
ministre@meq.gouv.qc.ca ;robert.bisaillon@meq.gouv.qc.ca ;mathadore@videotron.ca 

Ajoutez-y les noms de celles et de ceux qui appuient ce geste, mais qui n’ont pas accès à Internet. Votre geste peut avoir un impact considérable sur tout le système d’éducation du Québec.
 

Robert Lyons