MATHADORE
         Volume 4 Numéro 140 - 25 janvier 2004

L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématiques

                              Le test du crayon

Il existe divers styles d’apprentissage et il est fréquent qu’une personne ne soit pas consciente du style qui lui est le plus naturel. Par ailleurs il est difficile de connaître le style d’apprentissage d’une autre personne sans une bonne suite d’observations.

Voici une activité simple qui peut nous permettre d’identifier notre style d’apprentissage privilégié. Comme je vous dévoilerai les diverses stratégies utilisées, vous aurez peut-être le goût de passer vous-même le test avant de lire ces possibilités qui, autrement, risquent de vous influencer.

Pour faire l’activité, vous aurez besoin d’une autre personne qui chronométrera une durée de trente ( 30 ) secondes. Prenez un crayon de votre choix. Fermez les yeux et essayez de ne penser qu’à ce crayon durant trente ( 30 ) secondes. Ce n’est pas plus compliqué que cela.
 

Voici les divers comportements que j’ai pu observer chez des élèves de treize ans environ et chez quelques enseignants.

- Une enseignante : « Je me suis demandée si j’avais le droit de toucher le crayon. Puis je me suis dit que je devais avoir le droit car tu es en faveur de la manipulation. »
- Une enseignante : « Je me suis mise au défi de réussir sans toucher le crayon. »
- Plusieurs élèves ainsi que plusieurs membres du personnel enseignant : « J’ai visualisé le crayon, je le retournais dans ma tête pour le voir sous tous ses angles. »
- « Je dessinais le crayon dans ma tête. »
- élèves et enseignant(e)s : « Je manipulais le crayon avec mes doigts afin de me le décrire. »
« Je me suis rappelé quand j’ai acheté ce crayon et ce que j’ai fait avec lui. »
« Je me suis imaginé tout ce qu’on peut faire avec un crayon. »
« J’essayais de penser à la façon dont a été manufacturé ce crayon. »
« J’essayais d’imaginer l’histoire de ce crayon. »
« J’aime beaucoup ce crayon, j’ai pensé à ce que j’ai fait avec lui et aussi j’ai pensé que cela me ferait de la peine de le perdre. »

Il est remarquable de constater la diversité des stratégies utilisées. Plus remarquable encore est le fait que, dans un groupe d’enseignant(e)s, donc un groupe de personnes ayant beaucoup en commun, il existe une diversité aussi grande que si nous prenions divers groupes d’élèves, qu’ils fréquentent des classes régulières ou qu’ils appartiennent à des groupes d’élèves en difficulté. La même diversité est habituellement obtenue dans un groupe de personnes choisies au hasard.

Ce petit exercice n’a aucune prétention scientifique, mais il semble bien qu’il rappelle que certains d’entre nous ont besoin de toucher pour apprendre, alors que d’autres ont besoin d’entendre et que d’autres ont besoin de voir.

Dans le groupe de personnes qui « voient » l’objet dans leur tête, plusieurs le font sans se parler, l’opération est strictement visuelle et ne consiste qu’en une succession d’images. D’autres « se parlent » en même temps qu’ils visualisent l’objet.

Les personnes qui manipulent l’objet s’en font une description verbale en même temps, mais il y en a probablement qui transposent ce qu’ils touchent en images seulement, cependant je n’ai pas encore observé cette procédure.

 Sauf les personnes qui manipulent l’objet dans le but d’en percevoir les diverses parties, les autres tiennent le crayon à deux mains, sans le bouger ou encore le placent sur la table et ne le touchent pas.

Par ailleurs, il est aussi remarquable de voir que des personnes augmentent la difficulté en se lançant un défi tel : penser à l’objet sans y toucher. S’agit-il de personnes dont le style d’apprentissage le plus naturel passe par le toucher ? Ou encore de personnes qui pensent que l’apprentissage construit et traduit seulement par des paroles ou par des écrits démontre des capacités supérieures ?

Il existe aussi des personnes qui se demandent ce qu’elles ont ou n’ont pas le droit de faire ou encore ce que l’on attend d’elles.

Comment concilier tous ces styles d’apprentissages et toutes ces perceptions lorsque nous enseignons à vingt ou à trente élèves ?

Pensons-y d’ici la parution de Mathadore 142.

Et si vous en avez la chance, proposez le test du crayon à votre entourage.
 

Robert Lyons