MATHADORE
    Volume 7 Numéro 221 – 15 septembre  2006
L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématique

       L’évaluation des élèves et de l’enseignement

Depuis quelques années, divers tests internationaux sont administrés aux élèves et les résultats occupent, dès leur disponibilité, une place importante dans les médias. Récemment, dans certains de ces tests, les résultats des élèves du Québec se sont avérés inférieurs à ce qu’ils étaient quatre années plus tôt. Est-ce à cause de la Réforme ? Rien n’est plus douteux étant donné que les élèves évalués avaient été peu ou pas touchés par cette Réforme. Et si cela avait été le cas ?

Le Japon est le pays qui, après la seconde guerre mondiale s’est le plus signalé par l’amélioration de son système scolaire. Dans les tests internationaux, il se classe toujours parmi les pays qui obtiennent les meilleures notes. Et pourtant, selon Kozukiko Shimizu*, en 1997, le gouverneur japonais lança une réforme de l’enseignement. « Aujourd’hui, on attend de l’enseignement à l’école élémentaire et au collège qu’il donne aux enfants des connaissances de base, des fondements, qu’il développe chez les enfants la « force de vivre », c’est à-dire la « capacité de penser et d’apprendre de manière autonome », qu’il pose les bases des études futures et de la vie professionnelle et citoyenne. Cela contraste avec les états-Unis ou la Grande-Bretagne où ont été appliquées des réformes scolaires visant à imposer des standards uniformisés, dans le but premier d’améliorer les connaissances des élèves.»

Il y a lieu d’observer que le Japon, dont l’enseignement axé sur la mémoire et sur les connaissances et reconnu comme étant d’excellente qualité par les tests internationaux, a décidé, il y a moins de dix années, de réformer son système éducatif afin de développer chez les élèves leur « capacité de penser et d’apprendre de manière autonome ». Cela ressemble fort à ce que vise la Réforme du Québec.

Sim Wong Hoo, fondateur et CEO de Creative Technology, une compagnie de Singapour, mentionne que son pays a l’avantage de compter sur des travailleurs qui font exactement ce qu’on leur dit de faire. Le problème ajoute-t-il est qu’ils manquent de créativité. Pour résoudre ce problème, cette compagnie s’appuie sur une équipe de recherche située aux USA (Newsweek, Levy, 2005). Or Singapour est le pays qui a réussi le mieux les épreuves internationales TIMSS (Mathématiques et sciences). En fait, le Japon et Singapour, deux des pays qui performent le mieux aux tests internationaux, ont des problèmes économiques à cause d’un manque de créativité de leurs ressortissants.

Les tests internationaux mesurent la maîtrise des connaissances et l’habileté technique. Ils ne mesurent pas la créativité.

Yong Zhao, directeur du centre USA-Chine pour la recherche sur l’excellence en éducation écrit en mai 2006 que pendant que les écoles américaines sont actuellement encouragées, sinon forcées, à travailler en fonction des résultats dans les tests, la Chine, Singapour, la Corée du Sud et le Japon, ont amorcé des réformes visant le développement de plus de créativité chez leurs citoyens.

Lorsque les pays qui se classent premiers dans les tests internationaux décident de réformer leur enseignement, lorsque ce qu’ils veulent faire s’apparente à ce que la Réforme du Québec vise, il y a lieu de donner une chance à cette Réforme.

D’autre part, quel genre de connaissances et d’habiletés techniques mesurent les tests internationaux et les tests de fin d’année du Ministère ?  S’agit-il de connaissances et d’habiletés installées avec un minimum de permanence ? Si tel est le cas, pourquoi toutes ces révisions afin de préparer les élèves aux tests ? Si nous voulons évaluer un système d’enseignement, faut-il évaluer ce qui peut être considéré comme solidement acquis ou ce qui résulte d’une révision préalable aux tests ? Cette révision peut-elle réussir à assurer une certaine permanence aux connaissances ou ne réussit-elle pas simplement à permettre aux élèves de nous donner un portrait qui nous leurre sur leurs compétences, un portrait qui ne sera plus valable dans un mois ?

En fait, le jour où l’on voudra évaluer adéquatement l’apprentissage ou l’enseignement, il faudra s’assurer que ce qui est évalué soit bien acquis. Pour réussir cela, il existe un moyen très simple, évaluer les élèves vers le quinze septembre et non en mai ou en juin. En septembre, les enseignants ne feront pas de révision et ils éviteront d’aider leurs élèves car ils ont avantage à connaître sur quelles connaissances et habiletés solidement acquises ils peuvent construire leur année scolaire.

Les tests administrés en mai ou en juin ne font pas que leurrer ceux qui les administrent, mais ils obligent les enseignants à consacrer un temps précieux à des révisions stressantes pour tous. À toute fin pratique, actuellement au Québec, de nombreuses heures d’enseignement sont perdues en mai et en juin afin de réviser et d’évaluer plusieurs connaissances qui seront oubliées pendant les vacances.

Lorsque la Réforme du Québec prône un apprentissage pendant lequel l’élève construit lui-même ses connaissances, elle favorise non seulement le développement de compétences permanentes ne nécessitant aucune révision mais elle vise aussi le développement du travail créatif et autonome. Si elle atteint ses objectifs, ce sont les succès obtenus dans des tests administrés en septembre et non en mai ou en juin qui en feront la preuve.
 

Références :
* Fondation « Foreign Press Center » du Japon, le 6 juin 2001. Kazukiko Shimizu est professeur à l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université de Tsukiba.
- Levy, S. (2005, March 7). The Zen of fighting iPod, Newsweek International.
- Yong Zhao, Are we fixing the wrong things. Educational Leadership, may 2006, Vol. 63, Number 8, pp. 28-31.
 

Robert Lyons