MATHADORE
    Volume 7 Numéro 247 – 6 mai  2007
L'hebdomadaire gratuit portant sur l'enseignement des mathématique

             
                                   Le jeu de l’autruche.

Le mois de mai étant arrivé, pour le système scolaire, il est temps de consacrer les deux prochains mois au jeu de l’autruche. Ce sera l’activité la plus importante dans les écoles alors que, dans les bureaux administratifs, ce jeu, qui a commencé en janvier, se prolongera au moins jusqu’en octobre.

Le jeu de l’autruche consiste à faire passer une activité qui n’a pratiquement aucune valeur scientifique pour quelque chose de très fiable. Dans certaines écoles, le jeu consistera à plonger les élèves, dès le mois de mai, dans des révisions intensives de la matière vue lors des huit premiers mois de l’année. Certaines de ces écoles se baseront sur le programme en mettant l’accent sur les points les plus importants. D’autres écoles utiliseront plutôt les tests des années passées et les soumettront à leurs élèves. Enfin, dans certaines écoles, on poursuivra l’enseignement régulier en attendant les tests externes.

La méthode scientifique exige un rigoureux contrôle des variables, à la limite, certaines variables non influentes peuvent être tolérées. Or, si les révisions constituent des variables influentes, les comparaisons de résultats entre classes ayant révisé et classes ne l’ayant pas fait ne sont pas valables.

Par ailleurs, lorsqu’un test est rédigé et corrigé par l’enseignante des élèves qui passent ce test, il arrive fréquemment, qu’à la correction, on s’aperçoive qu’une question a été mal interprétée par certains élèves et que leurs réponses ne témoignent pas de leur maîtrise de ce qui devait être évalué. Même si certaines enseignantes répugnent à rejeter alors cette question, car elles croient tricher, il faut le faire car ce qui est visé est de donner le compte-rendu le plus juste possible de ce que l’élève maîtrise.

Ce phénomène est beaucoup plus important lorsque les tests proviennent de l’externe. Le vocabulaire, la phraséologie, les illustrations, la formulation des réponses attendues, tout cela plonge l’élève dans un monde où des différences variables existent entre ce qu’il vit en classe et ce qu’il devra vivre pour quelques heures. Si la correction est réalisée à l’extérieur de l’école, cette distorsion entre ce que maîtrise l’élève et ce qu’il a manifesté dans son test, ne sera pas corrigée.

à ce sujet, on fait toujours grand cas des comparaisons entre les résultats de nos élèves et ceux des élèves d’autres pays lors des tests internationaux. Pourtant, il existe des variables importantes entre, par exemple, les méthodes de calcul de nos élèves de quatrième année, certains tests s’adressent à eux, et celles des élèves chinois, entre autres. Alors que, lors des tests, nos élèves doivent effectuer des calculs, ils doivent le faire au moyen de techniques écrites. Pour les mêmes calculs, les élèves chinois du même âge travailleront avec leur boulier compteur puisqu’il n’existe aucune technique de calcul écrit apprise par les élèves en Chine.

Peut-on considérer que, calculer avec une technique écrite, d’une part, et avec un boulier, d’autre part, puisse constituer une variable influente ? Une chose est certaine, si nous permettons la manipulation d’un matériel de calcul adéquat à nos élèves, leurs résultats s’améliorent de façon importante, surtout chez les plus faibles.

Au sujet des tests internationaux, nous travaillons actuellement sur un tel test qui s’adresse aux élèves de quatorze ou quinze ans environ. Le test a déjà été passé dans plusieurs pays et dans plusieurs langues, dont le français et l’anglais. 

Une des questions demande aux élèves de trouver l’ordonnée à l’origine d’une droite. C’est la formulation correcte en français et c’est celle qui est utilisée. En anglais, de façon aussi correcte, on pose la même question en utilisant l’expression «y-intercept». L’ordonnée à l’origine est le point où la droite intercepte l’axe des Y. Admettons que l’utilisation de la langue anglaise soit beaucoup plus descriptive de ce qui est attendu que l’expression utilisée en français.

Ce genre de variables n’est cependant jamais considéré par les analystes experts des tests que sont les journalistes en mal de sensations ou certains spécialistes en évaluation des organismes scolaires. Il en est ainsi des autres variables mentionnées plus haut.

Robert Lyons.

La semaine prochaine, nous tenterons de montrer pourquoi l’évaluation du système d’enseignement doit être réalisée au moyen d’autres outils que ceux qui servent à l’évaluation des élèves.

En attendant, si vous êtes enseignante, utilisez donc les deux derniers mois de l’année afin de continuer normalement votre enseignement, afin de continuer à vivre et à laisser vivre des apprentissages à vos élèves sans stress. Et, si par malheur, on vous demande de justifier de faibles résultats, mentionnez que le fait de comparer vos élèves en juin à des élèves venant de vivre d’intenses révisions est peu valable si les différences se sont estompées en septembre. Donc, il faudrait que cela soit vérifié avant de condamner votre travail.

Si vous êtes directeur d’une école, l’argument qui précède peut aussi vous aider. Si vous êtes ce qui fut appelé jadis le «principal» d’une école, soit le pédagogue expert dont le rôle consistait à assister pédagogiquement le personnel enseignant de son école, de grâce, cessez d’imposer un stress nuisible à vos élèves et à votre personnel en rappelant l’existence des tests externes. Si vous n’êtes pas ce pédagogue expert, je viens de vous livrer un de leurs secrets. Rien ne vous interdit de vous en servir.

Et si vous devez gagner votre vie grâce à l’évaluation des élèves … je comprends que pour certains :  «Gagner sa vie, c’est triste.».

Robert Lyons